L’autre jour,

une amie me racontait qu’elle avait passé son repas de Noël du boulot dans un bar dans lequel de jeunes employées femmes en tenues léopardées dansaient sur les tables. On s’est dit putain quand même quoi, de nos jours, sexisme de merde, y a encore des progrès à faire. Le pire on se disait (je sais, c’est pas vraiment le pire), c’est que pour les filles qui aiment les garçons, les slips en cuir qui se frottent contre des enceintes de bar ça marche pas, rien, pas un papillon dans le kiki. Parce que ces garçons, eux aussi, ils sont là pour les hommes. Société de machos, tout à fait. Du coup on a essayé d’imaginer ce que ça donnerait, une attraction sexuelle de bar pour les filles. Des filles de base à l’instinct primaire einh, on cherche un équivalent aux danseuses de bar, pas à rencontrer l’amour. Nous avons donc établi une liste d’idées pour propriétaires de bars innovants et amis de la femme hétérosexuelle. La voici :

1. Des hommes qui creusent un trou. Avec des grosses pelles, si possible torses nus. (Le mieux ce serait qu’ils enlèvent leurs hauts de manière à la fois négligée et vive quand ça devient vraiment fatiguant). Il faudrait bien sûr faire en sorte que les tables ne soient pas trop près du trou – qui voudrait se prendre une pelletée de graviers et de terre dans les yeux pendant qu’elle boit sa bière ? – et reboucher le trou régulièrement (s’ils sont à 25 mètres sous terre ça n’a aucun intérêt). Alors oui c’est sûr, pour les employés ce sera un peu la vie du mec qui roule sa pierre sur la falaise, mais enfin à mon avis les filles qui dansent sur des tables en leggings léopards elles adorent pas leur boulot tous les jours non plus.

2. Des pompiers. Au départ, on voulait qu’ils éteignent un feu mais franchement c’est compliqué, et puis si on a plus le droit à la clope dans les bars c’est pas pour se retrouver dans un nuage de fumée noire. Ou grise d’ailleurs je ne sais pas, je m’y connais très mal en feux. Du coup on pensait que le plus simple ce serait que la caserne soit juste à côté et que les pompiers soient obligés de traverser le bar pour rejoindre leur camion. L’idéal, ce serait même que les tables soient disposées autour du bas de la rampe, comme ça ils glissent et courent, et en plus on sait qu’ils vont sauver des gens ou des chats. Le fait qu’il y ait véritablement urgence joue, forcément, dans le taux papillons par kiki. Par contre, pour que ça vaille le coup il faut que le bar-caserne soit localisé dans un endroit où les incendies sont fréquents (le Var?) et/ou il y a à la fois beaucoup d’arbres et des chats. Parce que si c’est pour voir un pompier toutes les trois semaines non merci.

3. Mon amie, et là j’avoue que j’ai eu du mal à la suivre mais après tout je n’ai pas le goût universel, aimerait un bar dans lequel des astronautes entrent régulièrement. Apparemment ce n’est pas la tenue qui l’intéresse (le côté bonhomme Michelin qui enlève son casque, bof quand même non ?), mais le fait qu’ils reviennent de l’espace. Ils ont vécu quelque chose d’unique, ils ont été loin de la terre pendant si longtemps et hop direct, ils arrivent au bar (et ils enlèvent leurs casques). Je dis pourquoi pas, mais franchement à mon avis si le bar doit couvrir les frais de fusée des astronautes etc., les bières risquent d’être horriblement chères.

4. Des footballeurs. Mon idée à moi, c’était qu’ils jouent au foot, mais c’est vrai qu’il existe déjà des endroits où on peut boire de la bière tout en regardant des footballeurs jouer au foot. Certes. Mais dans un stade il faut payer l’entrée, prendre les transports en commun pendant très longtemps, faire la queue, et on est généralement loin des joueurs. Il faudrait donc un espace bien plus petit, ils n’ont après tout pas besoin de dribbler sur 200 mètres tant qu’ils n’oublient pas de faire rebondir le ballon sur leurs torses de temps à autre.

L’autre jour,

Quand j’étais petite,

j’avais peur de la guerre. Comme plein d’enfants certes, et puis de toutes façons je suis une trouillarde. Pourtant dans la liste de mes peurs aujourd’hui, enfin hier, enfin il y a quelques jours quoi, et bien la guerre n’y est plus. J’ai grandi. La guerre dont j’avais peur quand j’étais petite, c’était la guerre de Bosnie. Les bombardements, la nourriture qui manque, les provisions de sucre, l’eau qu’il faut aller chercher à la rivière – on envoie les enfants, et parfois ils ne reviennent pas (J’avais lu un « Je lis des histoires vraie » sur le sujet, bizarrement, cette histoire qui m’a traumatisée est aussi celle qui m’a donnée envie d’être journaliste).
Bref, y a eu la guerre de Bosnie, puis la seconde guerre mondiale à l’école, les souvenirs que racontent les grands-parents.

J’avais très peur de la guerre, j’y pensais souvent.
Et puis, c’est passé. C’est passé quand j’ai compris que la guerre ne reviendrait plus en France, qu’on ne se ferait pas bombarder, qu’on ne vivrait pas dans nos caves, qu’il y aurait toujours à manger dans les supermarchés.
Et puis, il y a eu vendredi, à Paris. Je n’y étais pas, je pouvais même difficilement être plus loin. Je me suis réveillée samedi matin, j’ai allumé internet sur mon téléphone, j’ai vu une alerte de la BBC. « Plus de 100 morts à Paris dans plusieurs attaques. » J’ai cru à une erreur, franchement. Pendant dix secondes je n’y ai pas cru. J’ai couru allumer la télé, j’y ai trouvé la BBC en édition spéciale, la télé en lumière rouge et bleu de la police et la nuit. La télé en guerre aussi, à Paris. J’ai pleuré j’ai dit putain putain. J’ai ouvert le message de ma sœur qui disait « pour quand tu verras les infos, je vais bien. » J’ai pleuré encore un petit peu. J’ai répété putain putain putain.
On parquera peut-être pas des sacs de sucre de notre garde-manger, mais peut-être la guerre ça va être ça. Cette peur au ventre à l’idée de nouvelles attaques, à l’idée de mes proches en terrasse ou au cinéma à Paris. Dans les grands magasins avant Noël. Cette peur que la peur ne passe pas, que les attaques se répètent, qu’elles s’intègrent à notre quotidien.

Putain putain.

Quand j’étais petite,

Aujourd’hui j’avais un planning chargé,

sérieux pour un samedi, mais ça ne me faisait pas peur. J’avais passé la journée de la veille à regarder des vieux épisodes de Greys Anatomy, il était grand temps de se mettre au travail. Sur une feuille de papier avant de me coucher, j’avais écrit mon emploi du temps. 8h30 piscine, 9h-12h travail, 12h pause. Je me suis levée à 11 heures, j’ai lu deux trois blogs, fait défilé Instagram et Facebook, il est 12h52 et effectivement, je suis en pause. Est-ce qu’on grandit, un peu, un jour?

Aujourd’hui j’avais un planning chargé,

J’ai crée mon premier blog en 2005.

Les blogueuses à succès ont toutes crée leurs blogs en 2005. « Si j’avais su que j’en serais là aujourd’hui, » disent-elles, « à l’époque, on était qu’une poignée de blogueuses. » Elles s’entre-citent, et je trépigne toujours un petit peu, même quand je les aime beaucoup, parce que, bizarrement, personne ne me cite, moi. Alors que moi aussi j’ai crée un blog en 2005, einh, ça va. A l’époque, j’étais étudiante, en Inde pour une année. Ainsi que d’autres de mes camarades à l’étranger, j’avais crée un blog parce que c’était plus simple que d’envoyer des mails collectifs pour donner des nouvelles et raconter des bêtises. Des tonnes de bêtises. Le succès nous est vite monté à la tête (on avait bien une dizaine de lecteurs), et pour échauder la curiosité, on racontait plein de trucs. Des trucs dégueus, vulgaires, et que jamais non grand jamais, je n’aurais raconté à mes parents. Et pourtant tous les mois, je les prévenais, eux, leurs amis, mes oncles et tantes (aveuglée par le désir de succès que j’étais), un petit mail pour leur rappeler que j’avais écris un nouvel article dans lequel il y aurait probablement été écrit putain, bite et chatte une quinzaine de fois. Je n’ai pas le souvenir qu’on me l’ait reproché, j’aime aujourd’hui penser que c’est parce qu’ils ne lisaient pas mes horreurs. Récemment, je l’ai relu ce blog, du début à la fin (il n’est pas long, je suis incapable de me tenir à un projet, c’est pour ça que les blogueuses ne me citent jamais. Elles, leurs blogs, elles ne peuvent plus s’en passer) (moi ça va, j’en ai crée pleins, j’ai tous cessé de les aimer comme des chatons devenus chats). Récemment donc, je l’ai relu, et entre deux soubresauts de honte (j’étais jeune, et donc, extrêmement vulgaire. Et je voulais impressionner les garçons), j’ai tout de même souri, beaucoup, ri deux trois fois, me suis rappelée de trucs complètement oubliés, et me suis dit, quand même, c’est pas mal, les blogs, faudrait que je recommence.

J’ai crée mon premier blog en 2005.