Quand j’étais petite,

j’avais peur de la guerre. Comme plein d’enfants certes, et puis de toutes façons je suis une trouillarde. Pourtant dans la liste de mes peurs aujourd’hui, enfin hier, enfin il y a quelques jours quoi, et bien la guerre n’y est plus. J’ai grandi. La guerre dont j’avais peur quand j’étais petite, c’était la guerre de Bosnie. Les bombardements, la nourriture qui manque, les provisions de sucre, l’eau qu’il faut aller chercher à la rivière – on envoie les enfants, et parfois ils ne reviennent pas (J’avais lu un « Je lis des histoires vraie » sur le sujet, bizarrement, cette histoire qui m’a traumatisée est aussi celle qui m’a donnée envie d’être journaliste).
Bref, y a eu la guerre de Bosnie, puis la seconde guerre mondiale à l’école, les souvenirs que racontent les grands-parents.

J’avais très peur de la guerre, j’y pensais souvent.
Et puis, c’est passé. C’est passé quand j’ai compris que la guerre ne reviendrait plus en France, qu’on ne se ferait pas bombarder, qu’on ne vivrait pas dans nos caves, qu’il y aurait toujours à manger dans les supermarchés.
Et puis, il y a eu vendredi, à Paris. Je n’y étais pas, je pouvais même difficilement être plus loin. Je me suis réveillée samedi matin, j’ai allumé internet sur mon téléphone, j’ai vu une alerte de la BBC. « Plus de 100 morts à Paris dans plusieurs attaques. » J’ai cru à une erreur, franchement. Pendant dix secondes je n’y ai pas cru. J’ai couru allumer la télé, j’y ai trouvé la BBC en édition spéciale, la télé en lumière rouge et bleu de la police et la nuit. La télé en guerre aussi, à Paris. J’ai pleuré j’ai dit putain putain. J’ai ouvert le message de ma sœur qui disait « pour quand tu verras les infos, je vais bien. » J’ai pleuré encore un petit peu. J’ai répété putain putain putain.
On parquera peut-être pas des sacs de sucre de notre garde-manger, mais peut-être la guerre ça va être ça. Cette peur au ventre à l’idée de nouvelles attaques, à l’idée de mes proches en terrasse ou au cinéma à Paris. Dans les grands magasins avant Noël. Cette peur que la peur ne passe pas, que les attaques se répètent, qu’elles s’intègrent à notre quotidien.

Putain putain.

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Quand j’étais petite,